Le Jeu, le Je et l'enJeu


Il y a quelques temps j’ai pris conscience que lorsque je commençais à ressentir de l’amour en moi, ce sentiment porté sur l’autre comme une extension de soi, l’amour du couple, alors mon humeur se transformait.

C’était assez imperceptible au départ, mais la répétition de ce schéma depuis près de 15 ans est devenu de plus en plus évidente. Souvent j’ai pris conscience de ce phénomène sans chercher à le comprendre ni même à le résoudre. C’était plus une constatation impuissante, une façon de subir. C’était plus confortable ainsi à ce moment là. Chaque chose en son temps. Seulement arrive l’âge où tomber amoureux devient presque un exploit et enfin où les relations sont moins superficielles… quoique.

Et lorsque s’est montré ce sentiment (presque imperceptible ^^) d’amour, quand tout mon corps s’est mis à crier “Putain, je kiffe ce mec!”, est venue se greffer immédiatement une émotion ou une sensation que je connaissais bien. Cette sensation qu’apparait alors l’enjeu, le sérieux, l’importance.

D’un coup, c’est comme si tout en moi cessait de s’amuser, de rire, de se moquer de ce que demain serait. Tout se pose comme si l’enfant joueur laissait la place à l’adulte sérieux. Et avec ce sérieux, vient l’angoisse, la peur de perdre, l’envie de posséder, le besoin de preuves… bref, l’attachement, pire, la glue de l’amour négatif, de l’amour égo, de l’amour aveugle.

J’ai si bien repéré cette bascule, ce moment charnière entre le jeu et l’enjeu que j’ai pu regarder cette prise de conscience avec un détachement plus grand qu’avant.

Avais-je envie de vivre encore ainsi? Était il vraiment intéressant de reproduire encore et encore cette roue incessante de l’illusion de la possession de l’autre et de l’oubli de soi?

En fait de quoi avais-je envie?

Croire que c’était une relation sérieuse et devenir moi aussi sérieuse et angoissée? Ou seulement constater que le jeu me plait tellement que j’ai seulement envie de continuer à le jouer encore et encore ?

Dans la relation, je peux soit choisir le jeu, soit choisir l’enjeu. L’enjeu c’est ce que je risque dans le jeu. Ce n’est pas le jeu, mais ce qui est EN jeu (dans le jeu…. par extension ce qui est dangereux). Or en amour, il n’y a aucun enjeu, il n’y a que le flux et le reflux de deux êtres qui s’expérimentent. Une fois qu’on a compris cela, alors choisir l’enjeu dans le couple c’est choisir l’illusion du contrôle de l’autre, c’est donc regarder quelque chose qui n’existe pas et donc passer à côté de l’autre et de la relation à l’autre, et donc, passer à côté de soi et de la relation à soi.

Dans une relation de couple, il n’existe rien d’autre que le jeu. Personne ne dit que ce jeu est forcément amusant et divertissant tout le temps, il est expérience. Toutefois, il reste un jeu au sens : Activité d’ordre physique ou mentale, non imposée, ne visant à aucune fin utilitaire (Définition Larousse).

Quel jeu finalement je choisir de mettre en place au sein de mon couple et au sein de ma vie? Si c’est un jeu, il y a des rôles, comme dans une pièce de théâtre. Quel rôle je choisis de prendre ? Quel JE jouer?

Tout est modifiable à chaque instant. On peut choisir de changer de rôle n’importe quand. L’essentiel étant d’accepter que toute modification au script entraine potentiellement des changements d’acteurs si ceux qui donnaient la réplique ne sont pas conscient qu’ils peuvent eux aussi évoluer à tout moment. Quand on regarde le couple sous cet angle, on ne s’étonne plus de voir entrer et sortir des “tableaux” de vie.

Il n’y a pas d’enjeu, à aucun moment de sa vie, pas même s’il y a des enfants. C’est aussi une valeur que j’ai eu du mal à faire sauter. J’ai 2 enfants et ils étaient très petits quand j’ai choisi de jouer un autre rôle et de faire sortir leur père de ma scène de théâtre. Je m’en suis terriblement voulu de briser ce schéma (rassurant? vraiment?) pour mes enfants. Je me trouvais égoïste, inadaptée à la société et à la vie de famille, indigne de mes enfants et du cadeau qu’ils sont, indigne de retrouver quelqu’un puisque je croyais (grande prétentieuse dans mon égo) que j’avais seulement été capable de faire souffrir les autres…

Bref, je fonctionnais à l’auto-flagellation à plein tube…

Mais finalement, j’ai compris que mes enfants, même à 2 ans sont parfaitement capables de comprendre que le jeu change (que Je change), qu’ils ont un autre rôle à prendre dans la pièce qui se met en scène et leur faculté d’adaptation ainsi que l’absence de jugement ont étés pour moi une vraie leçon de vie. Tout ce qui se présente est normal pour eux. Papa et maman qui se séparent, c’est comme ça et ils s’adaptent, Papa qui retrouve une compagne, c’est normal et ils s’adapten. Ils n’ont pas encore intégré ce que dicte la société ou les codes moraux transmis par les habitudes générationnelles, ils ne savent pas encore que la norme est que “la vie c’est sérieux, y’a des codes et on est pas là pour rigoler”

A partir de quel moment on met de l’enjeu sur les choses de la vie? C’est la question que j’ai finis par me poser. Et j’ai compris que ce n’est pas une question de moment, d’âge ou de période mais d’exemple.

Je suis l’exemple de vie de mes enfants. Eux, n’ont pas de référent, pour eux, que papa et maman se séparent ça n’est ni bien ni mal c’est seulement un changement. Mais si Mamie répète à longueur de journée que c’est mal et que c’est triste, alors l’enfant va intégrer que la “norme” est de trouver ça mal et triste. On le voit très bien avec les couples homosexuels, si maman quitte papa pour finalement être amoureuse d’une autre femme c’est ok, parce qu’il n’y a pas de code en eux tant qu’on ne leur en impose pas.

Si toute la famille montre qu’elle s’adapte à la nouvelle configuration, l’enfant comprend que c’est normal. C’est alors que je comprends qu’il n’est pas seulement de ma responsabilité pour moi mais aussi pour mes enfants que de vivre le jeu et non pas l’enjeu, qu’il sert aussi d’exemple de vie et de valeur à mes enfants.

Qu’est-ce que j’ai envie de leur montrer de la vie? Simplement qu’il est normal et naturel de s’écouter et d’accepter le changement à chaque instant.

Alors j’entends que la société ne se gène pas pour juger ceux qui sortent du cadre et c’est vrai que ce n’est pas facile de choisir d’être différent, de s’écouter vraiment. C’est en cela qu’il faut être indulgent envers soi, l’indulgence c’est de l’amour et de la patience, c’est accepter de composer avec ses limites sans choisir de les subir.

Ok, j’ai pas réussi cette fois-ci mais chaque tentative me rapproche de moi, jusqu’à ce qu’un jour on arrive à franchir un cap. mais c’est parce qu’un jour une femme a osé sortir du cadre qu’aujourd’hui, de fil en aiguille, nous pouvons voter. par capillarité, le changement se diffuse, osez être l’exemple par la puissance du cœur !

Ce n’est pas parce qu’on vous dit que c’est impossible que ça l’es vraiment. Ce n’est pas parce qu’on vous dit que c’est normal que ça l’est vraiment !

Et pour finir, je vous transmets ce court métrage que j’adore et qui parle de ces crabes incapables de tourner… Jusqu’au jour où…



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